Je change de nom
Depuis 1994 et ma lecture de Léonore, toujours, premier livre de Christine Angot que j'ai lu, j'attends avec impatience chaque nouvelle parution. Et à chaque nouvelle parution, je suis impressionné par la force de sa phrase, par la force de son réquisitoire qui de livre en livre se précise. Elle a décortiqué pour nous les mécanismes de l'inceste et ce qui le rend possible socialement. Et plus jamais nous ne pourrons faire comme si ce crime ne nous concernait pas tous.
Sort aujourd'hui Je change de nom. Un récit toujours aussi précis, aussi puissant mais qui puise aussi dans une volonté d'apaisement. Non pas que Christine Angot remise sa colère contre l'injustice ou contre le renversement de la culpabilité qui se joue pour toutes les personnes incesté.e.s. Elle le dit et le réaffirme : la honte ne change pas de camp. Elle restera toujours le fardeau que porteront les victimes. Volonté d'apaisement car en revenant vers son nom de naissance, Christine Schwartz, elle renoue avec sa vie d'avant. Une vie heureuse, une vie choisie.
Ce retour vers son nom lui permet de déployer l'arbre généalogique maternelle en pointant le rôle dominant de l'état civil. L'état civil servant à protéger le nom des pères et à protéger les familles...quitte à écraser au passage des vies entières (je pense ici au très beau passage consacré à sa tante Edith).
Encore une fois Christine Angot me touche.