Une polémique qui interroge surtout celles et ceux qui l'entretiennent
Dire d'abord que j'ai aimé ce texte pour ce qu'il propose : une terrible odyssée vers une vie possible. L'écriture de Thélyson Orélien plonge les deux mains dans la francophonie, ce français malaxé par les cultures, par l'inventivité géniale des auteurs et autrices francophones.
Alors oui, si l'on pense que la littérature française se doit de copier Hugo, Flaubert ou Chateaubriand, la lecture de C’était ça ou mourir doit provoquer de drôles de réactions : rejet d'images littéraires jugées absurdes, rejet d'un phrasé rythmé différemment...Et au final l'on finirait même par dire que ce n'est pas de la littérature !
Mettons de côté l'utilisation de l'IA pour détecter de l'IA...c'est comme si le malade était apte à diagnostiquer sa maladie ! Et il suffirait, je pense, de lire un ou deux articles sur Pangram pour comprendre à quel point ce procédé pour créer LA preuve est ridicule (logiciel convaincu à 88% que la Lettre aux Corinthiens contient des traces d'utilisation d'IA)
Alors si le point de départ de la polémique est fallacieux, quel est le problème ? Le problème provient des relais (Samuel Fitoussi, Le Figaro, Cnews, Valeurs Actuelles...) dont se nourrit la polémique pour enfler, pour déborder la raison, pour casser les digues du bons sens et proposer un discours orienté. Le problème vient du monde littéraire lui-même qui ne sait pas protéger l'un de ses membres en mélangeant tout et n'importe quoi.
Alors ne suivez pas le tempo imposé par la presse, les réseaux sociaux. Posez-vous. Et lisez C'était ça ou mourir. Parce qu'il ne faut pas faire comme si ce texte n'avait pas été écrit.
"Et j’ai compris tout de suite. Ce qu’il mettait en mots, ce n’était pas la peur de mourir – on l’avait tous déjà apprivoisée – c’était une peur plus radicale encore : celle de disparaître sans trace, de s’éteindre sans témoin, d’être rayé du monde sans même laisser une rature. Ce qu’il venait d'énoncer, c'était peut-être la définition la plus nue, la plus humaine, de la migration que j’aie jamais entendu. Partir, ce n’est pas seulement chercher une vie meilleure. C’est surtout refuser que sa vie, même brisée, ne compte pour rien. C’est vouloir qu'au moins une voix survive à son corps. Mourir, d’accord, mais pas en silence. Et si mourir il faut, alors que quelqu'un reste, quelque part, pour dire : "Il a vécu, je l’ai vu, je m’en souviens." (Pages 115-116).