Nanbanjin
Quel projet ambitieux, et quelle fabuleuse expérience de lecture que ce Nanbanjin !
Pedrosa et Matsumoto imaginent le premier contact entre Occidentaux et Japonais à travers deux points de vue, celui d’un martin portugais s’échouant sur une île du Japon, et celui des habitants de ladite île. Deux récits, deux dessins, deux sens de lecture, deux types de papier même, et au centre de la BD, une formidable double-page où les deux narrations se rejoignent magistralement.
Cette double rencontre - celle des personnages, celle des artistes - est une réussite totale. L’expérience de la double lecture, qu’elle se fasse d’une traite ou en alternant les récits, est particulièrement satisfaisante. Pedrosa et Matsumoto ont réussi à construire un récit d’une grande cohérence, aux personnages vivants et attachants, où l’humour et l'émotion se cachent parfois dans un changement subtil entre les deux narrations.
Visuellement, c’est une vraie claque : au trait à l’encre plein de vivacité et de malice de Matsumoto répondent les jeux de couleurs et de lumière éblouissants de Pedrosa. Et quand l’on arrive à cette fameuse double-page finale, il faut un moment, un silence, pour encaisser l’émotion.
C’est brillant, c’est beau : bref, c’est une magnifique réussite.