Ici tombent les filles
La famille de Dag n’est pas comme les autres. Après avoir quitté la ville, devenue invivable suite aux dérèglements causés par les humains, elle s’est réfugiée dans leur domaine montagnard et isolé de la Butte. Là, l’autorité paternelle et les règles archaïques sont libres de se déployer à l’abri des regards. Une violence à l’égard des filles de la famille d’abord latente, contenue… jusqu’à ce que l’aînée ait ses premières règles. Il faut alors monter jusqu’au sommet de la montagne, accomplir le rituel, pour soi-disant préserver la Butte…
Ce rituel, l'aînée n'en reviendra pas. Dag, prochaine sur la liste, comprend que sa survie est en jeu.
Dans ce premier roman captivant et habité, Stephene Gillieux parvient avec brio à tisser un équilibre délicat entre tension et contemplation ; sensation oppressante d’un compte à rebours enclenché, et poésie de la terre qui enveloppe. La nature, merveilleusement racontée, est une respiration… ou une menace, une révolte silencieuse.
La narration alterne entre Dag et Finn, seul fils, supposé recevoir la haine en héritage, nous donnant ainsi à voir les deux versants d’un même fleuve : celui d’une violence familiale absurde fondée sur des préjugés qu’on n’ose questionner, et qui en débordant, inonde tout sur son passage - jusqu’à ce qu’enfin peut-être, la sororité et le courage l’emportent.
Un récit intense, qui se vit comme un tremblement de terre intérieur.