Le directoire ; la république sans la démocratie

Marc Belissa, Yannick Bosc

Fabrique, 15,00 €
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Pour le grand public comme pour l'historien, le Directoire a longtemps été peu digne qu'on s'y arrête : moment de transition, coincé entre les grands élans de la Révolution française et les fastes du premier Empire, souvent réduit à l'ascension de Bonaparte et aux figures outrancières des Incroyables et Merveilleuses. En s'appuyant sur des travaux récents, Bosc et Belissa revisitent l'historiographie du Directoire et livrent un récit circonstancié du régime qui en relève hautement l'intérêt. Si le Directoire fut « le laboratoire d'une forme de «modernité» politique, ce n'est pas celle de la République représentative, démocratique et sociale, défendue pendant la première moitié du siècle par les républicains qui se veulent les héritiers de l'an II, mais celle de la République élitiste, parlementaire (et colonialiste), qui s'impose progressivement dans le dernier tiers du xixe siècle », dont nous héritons aujourd'hui. Pour réaliser leur objectif, « terminer la Révolution française », les thermidoriens s'attaquèrent en premier lieu à ce qui fondait sa légitimité : La Déclaration des droits de l'homme, renvoyée dans la constitution directoriale à un ensemble de principes abstraits qui devaient désormais s'incliner devant le droit positif, celui des classes possédantes, établi dans la confidence des assemblées censitaires. Privée de ses principaux recours (le droit à l'existence et le devoir d'insurrection), la souveraineté populaire est confisquée, et ses soubresauts sont violemment réprimés, comme lors des journées de Prairial. L'espace public démocratique, formidable invention de la Révolution que symbolisent les clubs, journaux et assemblées populaires, se rétracte et l'opposition de gauche est définitivement éliminée avec le procès des babouvistes. L'armée et les intrigues demeurent les seuls instruments de régulation politique dans un État qui se structure contre le « peuple délibérant ». Au terme de quatre années d'existence marquées par le retour des royalistes et les campagnes militaires de Bonaparte, la « république des propriétaires » pouvait s'effacer piteusement devant le chef qu'elle s'était donné. Pour les auteurs de ce livre, on aurait tort de sous-estimer l'importance de la période thermidorienne et directoriale et son histoire éclaire celle des « valeurs républicaines » qu'on dit aujourd'hui en crise. Car c'est là, dans le procès de l'égalité et des « excès » de la Révolution, que s'élabore ce qui reste la forme dominante de la vie politique française : la république sans la démocratie.

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