Le harki de Meriem

Mehdi Charef

Agone, 14,00 €

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Par le biais de la figure haïe du harki, un autre regard sur les histoires communes française et algérienne. Il avait honte de revenir dans cet état, sous son lourd manteau et son képi. Il avait fondu, il allait le dos courbé à petits pas. Je n'ai même pas pu lui laver les pieds : ils étaient blessés et pansés. Le fusil encore sur l'épaule, voilà comme il est revenu ! Quand ils n'ont plus eu besoin de lui ils l'ont laissé partir sans soins. Son ventre était tailladé par les coups de baïonnette et les pansements secs avaient épousé les plaies. De gros trous dans le ventre et des cicatrices jusqu'au cou. Nuit et jour que je l'ai soigné ! Je l'ai emmené en pèlerinage à Sidi Ali, je l'ai lavé au hammam Boughrara. Rien n'y a fait. Il est mort de ses blessures. Je le vois encore caressant le museau du chien et se forçant à sourire pour me rassurer. Avant de mourir, il m'a dit : « J'ai tué des hommes. Puis, avant de tourner la tête : Ils avaient aussi peur que moi ! » Algérien enrôlé par la France dans la Seconde Guerre mondiale, son beau-père n'a jamais figuré sur aucun monument aux morts. Devenu harki pour échapper à la misère imposée par le système colonial français, son mari appellera toute sa vie l'opprobre de ceux qui n'auront eu le courage ni de le combattre ni de l'imiter. Né après un passage en cité de transit dans le sud de la France et promis à des études de droit, son fils meurt sous les coups d'extrémistes de droite outrés qu'un bicot puisse détenir la même nationalité qu'eux. La vie de Meriem, qui a épousé Azzedine alors qu'elle portait tous les stigmates de la femme répudiée, contient toutes les injustices de l'histoire franco-algérienne. Mais c'est aussi elle - et son souvenir - qui encouragera ses enfants, puis ses petits-enfants, à revendiquer en Algérie et en France le respect et la dignité que sa génération n'aura jamais obtenue.

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