Les gardiens de l'air

Rosa Yassin Hassan

Traduction : Emmanuel Varlet
Actes Sud, 22,00 €

Ils sont jeunes, s’aiment et ont l’avenir devant eux... seulement ils vivent en Syrie, en pleine dictature, quand la répression policière frappe à tout moment ceux là même épris d’avenirs et de libertés.

Anat, celle autour de laquelle le récit s’organise, a connu, avec d’autres, l’attente pendant l’incarcération de leurs hommes prisonniers politiques, puis leur libération après dix ou quinze ans.
Ce qu’elle nous dit c’est la difficulté au fil des années de se trouver seule, plus ou moins libre tout en sachant que pour ces hommes, il n’y a que le lien qui les unit à ces femmes qui leur permet de survivre.
Liens qui sont promesses de liberté pour les uns ou obligations d’attachement pour les autres.
Ne leur reste que le désir et l’amour rêvé pour tenir, l’intime pour résister face à la dictature et à la violence.

C’est avec une voix forte et claire, sans faux semblant, que l’auteur Rosa Yassin Hassan, nous parle des forces et des faiblesses de l’âme humaine dans de telles circonstances.
«...nous pouvions suspendre le cours de notre vie jusqu’au jour où ils seraient libérés, mais alors, combien de temps allions nous devoir creuser pour retrouver - peut-être...- une braise sous la cendre....»

Rosa Yassin Hassan est syrienne, elle connait son pays, ses souffrances et ses richesses.
Son récit va au-delà de la dénonciation de la dictature, il s’écrit au singulier : ce que chacun individuellement vit et ressent. Sans jugement idéologique ou religieux.
Elle nous fait passer de l’intimité d’Anat à celle de tous ceux qu’elle croise : sa famille, ses amies, les réfugiés politiques pour qui elle travaille. Tout s’imbrique, se lie, va et vient dans les temps et les lieux pour évoquer les tragédies et le cheminement de chacun.

Anat dit ce qui est, ce qui se vit, ce qui ne peut et ne doit se taire : l’inadmissible de la répression policière, l’omniprésence de la poésie arabe dans le quotidien, l'émotion des grandes voix de la musique du Proche-Orient, l’intolérable violence des dictatures des pays de cette région, l’insupportable solitude imposée, le savoureux de la cuisine syrienne, la force du désir et la beauté des corps.
Malgré, ou avec tout cela, Anat est du coté de la vie. Celle qu’elle porte en elle, celle qu’elle défend dans son travail, celle qu’elle s’est choisi dans son intimité.

Elle exprime ses valeurs simplement et ouvertement. Et pour une femme, arabe, syrienne, de gauche, rien n’est acquis d’avance.
La voix de Rosa Yassin Hassan se devait d’être forte, son propos vaut qu’on s’y interèsse, son écriture mérite qu’on l’écoute.
«... une forme comme celle du roman était plus apte à restituer la vérité des choses. Elle échappait à la sacralisation...»

La littérature arabe contemporaine a beaucoup à nous faire découvrir,
Rosa Yassin Hassan est l'une de ses voix.
Nous nous devons de lire «les Gardiens de l’air»...pour sortir de nos frontières...