Le bruit des autres

Amy Grace Loyd

Lgf, 7,10 €
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ce bruit c’est celui dont Célia, la narratrice, aimerait se tenir éloigné, le bruit des autres, le bruit du monde

tout commence de manière simple et anodine
elle est veuve et possède à Brooklyn une maison dont elle loue quelques appartements
après la mort de son mari elle s’est mise à l’abri du besoin, de tout besoin
tout est bien lisse et ordonné comme elle le souhaite

elle s’est construit un univers préservé, un réceptacle de mémoire pour ne rien laisser s’échapper, tout garder en elle
mais quand bruits ou silence s’insinuent dans son espace protégé
et qu’elle ne peut plus se soustraire, ne pas entendre
alors son intimité vole en éclats

avec ces intrusions dans ce monde qu’elle a replié sur elle même comme elle a pu
elle retrouve l'avant : l’égarement, la violence des désirs, le corps happé par la douleur, abandonné, anéanti
elle reconnait ce qui l’ a lancé à moment donné à corps perdu hors de chez elle pour s’extraire de son veuvage, se sortir d’elle même, oublier
plutôt un corps douloureux qu’une douleur intérieure qu’on ne peut plus contenir
quand on perd le contrôle, qu’il n’y a que la fuite ou l’effacement au monde
«l’étrangeté bénie de la dégradation que j’avais autorisée, ces actes n’étaient pas une chose dont je porterai le deuil comme je portais maintenant le tien et continuerai de le faire...»

comme par un effet de miroir, chacun des personnages se reconnait en l’autre quand il est poussé hors des limites du monde qu’il s’est construit
la propre intimité de Celia est confrontée à celle des autres
ils ont forcé sa porte avec leur bruit, elle ouvre la leur avec ses clefs,
et c’est alors que l’intrusion devient soutien, voire rédemption

quand le bruit transperce le cocon protecteur, le fissure et oblige à tenir compte de l’autre.
Etonnant premier roman.