L'histoire de France des dominé(e)s, des subalternes, c'est l'angle qu'a choisi Michelle Zancarini-Fournel pour son magistral travail édité par les éditions Zones. Une histoire des « multiples vécus d’hommes et de femmes, dans leur accommodements au quotidien, et parfois, ouvertes ou cachées, de leurs résistances à l’ordre établi et aux pouvoirs dominants ».
Elle commence son étude en 1685 qui voit l'adoption du Code noir et la révocation de l'Edit de Nantes, deux faits majeurs jetant dans le camp des minorités bon nombre de citoyens. Les différents angles choisis permettent du traiter la question du point de vue de la métropole et de l'ancien empire colonial (Il y a d'ailleurs à ce sujet un chapitre tout à fait intéressant sur les révoltes dans les anciennes colonies).
Michelle Zancarini-Fournel nous fait entendre les voix des « sans-voix » ouvriers, émigrés, colonisés, les minorités religieuses, les femmes (sujet très bien développé). Ce choix répond, pour reprendre le terme de l’auteure, à une « exigence de dignité ». Sous forme de mise en exergue d’histoires singulières et pas seulement d’histoire de groupes, d’organisations ou de mouvements, le texte a la particularité d’être émaillé de nombreuses citations, témoignages, manifestes ou chansons.
Récit engagé mais rigoureux, dont émerge deux enseignements principaux : tout d'abord les rébellions et les soulèvements dans l'Histoire cachent une grande diversité dans le monde des dominés, et que de multiples fractures peuvent le parcourir (hiérarchie dans le monde ouvrier, mépris des femmes, préjugé racial ou rejet de l'autre...).
Un ouvrage riche et dense qui nous invite à relire notre présent.